Ivy & Storm – Extrait

1
Un réveil douteux

Un parfum de lessive réveille mon esprit encore dans l’obscurité. Ma main caresse une matière douce, follement douce. Je crois que je n’ai jamais rien touché d’aussi soyeux. Je souris, m’étire et grimace quand une douleur à la tête vient m’assommer. Mes doigts se crispent sur le tissu, je devine que je suis dans un lit.
Je grogne faiblement, ouvre les yeux et laisse la lumière éclater mes pupilles encore dilatées. Je les referme aussitôt et me recroqueville. J’entends une porte s’ouvrir, le bruit de talons qui martèlent un parquet avant d’être étouffé par un tapis, ou de la moquette. Je ne sais pas. Je suppose. Voilà tout.
— Mademoiselle ! Mademoiselle vous parvenez à vous éveiller ? questionne une voix féminine.
— Euh… Ouais… je bredouille, enfouie dans les couvertures.
Je tente à nouveau d’ouvrir les paupières, tâche de laisser mes prunelles s’habituer à la clarté de la chambre. Je discerne une silhouette, puis une robe noire et un tablier. Je fronce les sourcils, c’est une servante ? Je me redresse lentement, ma tête tourne.
— Je suis où ?
Mon regard balaie la chambre, elle est immense, décorée comme à l’ancien temps. Je ne suis pas experte, mais on se croirait vaguement chez Marie-Antoinette. Deux grandes fenêtres laissent entrer un soleil radieux.
— Vous êtes dans la demeure de Monsieur Forks, il vous a trouvée inconsciente lors de son jogging, explique-t-elle en posant sur la table de chevet un plateau avec une collation.
— Ok… Et… pourquoi je ne suis pas à l’hôpital alors ? je demande, suspicieuse. Enfin… Je sais pas, moi si je trouve quelqu’un d’inconscient j’appelle les pompiers et tout ça…
— Monsieur Forks n’a aucune confiance dans les hôpitaux.
Elle remplit un grand verre de jus d’orange, sans sourciller.
— D’accord… Ok. Ce Monsieur Forks a l’air un peu… Spécial. Il serait pas dans le délire « théorie du complot » et compagnie, par hasard ?
— Vous apprendrez à le connaitre. Vous devriez manger pour reprendre des forces, conseille-t-elle sur un ton maternel. Monsieur Forks voudra certainement s’entretenir avec vous à son retour.
Je la regarde sortir. C’est peut-être le bon moment pour faire un point sur la situation. Si je résume, un type assez riche pour avoir des domestiques et une déco façon Marie-Antoinette m’a trouvée inconsciente, quelque part, et n’a pas jugé utile d’appeler les secours. Bien. Bien… Et bien c’est une bonne journée qui commence !
J’ai mal au crâne. J’essaye de remettre toutes mes idées dans l’ordre mais je n’arrive même pas à me souvenir de mon propre prénom. C’est stupide. Et sûrement passager. Il faut que ça soit passager. Je ne peux pas être amnésique ET entre les mains d’un taré qui a peur des hôpitaux, ça ferait carrément trop pour une seule journée.
Je soupire et grignote un morceau de brioche. J’ai faim, alors je vais mettre de côté l’idée vaguement paranoïaque que la nourriture peut être empoisonnée afin de me rassasier. J’attrape le petit comprimé, ça ressemble à un antalgique. Vous me direz, tous les médicaments se ressemblent, mais je vais espérer que c’est contre la migraine. Au pire, qu’est-ce qu’il peut m’arriver ? Je veux dire, qu’est-ce qu’il peut m’arriver de pire ?
J’avale la gélule, le jus d’orange a ce délicieux goût du fait maison. Je réalise que je porte une nuisette qui a l’air tellement fragile que sa place serait plutôt sur un mannequin en vitrine que sur moi. J’espère que ce n’était pas ce que je portais quand il m’a trouvée, sinon ça va devenir encore plus bizarre… Quoique, si j’ai été déshabillée pour qu’on me mette ça, ça va être très bizarre aussi. Tout est bizarre ! Non. Je vais me souvenir de tout ce qu’il s’est passé et il y aura une explication parfaitement logique. Ou alors, encore mieux, je vais me réveiller et me dire que je fais vraiment des rêves à la con.
Je continue de grignoter, mes vertiges se calment peu à peu et je commence à profiter de la vue sur un parc grandiose. Des oiseaux se posent sur le rebord de la fenêtre. Je dois arrêter de m’angoisser. Si ça se trouve, d’ici ce soir ma mémoire sera revenue et je serais rentrée chez moi.
Ils gazouillent, j’ai envie de me lever et d’aller voir jusqu’où va ce domaine. Je repousse la couverture et marche maladroitement jusqu’à la fenêtre. Je me sens faible. J’ouvre la fenêtre et m’appuie sur le rebord. L’air doux me fait du bien, je souris. Si on oublie le côté vaguement psychopathe de Monsieur Forks, je suis plutôt bien tombée.
Mon regard se porte au loin, nous sommes en lisière de bois. Est-ce que c’est là-bas qu’il m’a trouvée ? Si c’est le cas, qu’est-ce que je faisais dans les bois ? Peut-être que je suis une joggeuse qui a fait une hypoglycémie ? Ou alors, j’étais en train de faire des photos ? Je ne sais pas, il y a trop de possibilités et aucune pièce du puzzle ne daigne faire tilter ma mémoire.
Des crissements de pneus sur le gravier me sortent de mes réflexions. Une voiture noire s’engage dans l’allée centrale et vient se stationner devant le perron. Immédiatement, un homme se précipite pour ouvrir la portière. La domestique qui m’a réveillée sort également pour accueillir un jeune homme brun dans un uniforme bleu marine. Il porte un écusson sur le revers de sa veste ainsi qu’un cartable en cuir à la main et son, probablement, majordome prend sa valise.
— Monsieur Forks, quel bonheur de vous voir ! lance chaleureusement la servante.
— Catherine, c’est toujours un plaisir.
Il monte rapidement les marches, alors que je manque de m’étouffer. Le fameux Monsieur Forks, c’est ce mec à peine sorti de l’adolescence ?


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